En cette mi-août 2026, les équipes du Château de Bellet s’affairent déjà. Les premières vendanges vont commencer entre le 15 et le 20 août. Soit une semaine d’avance sur le calendrier habituel. Sur les hauteurs de Nice, le réchauffement climatique bouscule les habitudes des vignerons. Le vin de Bellet, réputé depuis des siècles, se joue aussi en coulisses.
Pourquoi les vendanges précoces s’imposent à Bellet
Laurent de Groc, responsable de production, avait prévenu : la récolte serait plus tôt. Il ne s’est pas trompé. ☀️ Les vagues de chaleur et le manque de pluie ont accéléré la maturation des grappes. Le domaine de 13 hectares sort environ 30 000 bouteilles par an. Une petite structure, comparée aux grands domaines de Bourgogne ou de Bordeaux.
Cette précocité a un prix. Les raisins ne mûrissent pas tous au même rythme. D’où une récolte étalée sur plusieurs semaines. Chaque parcelle demande une attention particulière.
Une « gymnastique intellectuelle » pour choisir le bon moment
« On doit vendanger au meilleur moment possible avec nos différents cépages », explique Laurent de Groc. « Cela demande une vraie gymnastique intellectuelle pour définir les bons créneaux de vendanges. » À Bellet, on cultive des cépages typiques comme le braquet, la folle noire ou le rolle. Chaque variété atteint sa maturité à son rythme. Les équipes doivent s’adapter en permanence.
La sécheresse marque les jeunes vignes
Depuis le 1er janvier, il n’est tombé que 400 mm de pluie. La plupart en janvier et février. Depuis, le sol est sec. Les jeunes vignes souffrent le plus. Le manque d’eau réduit la taille des raisins. Les rendements vont baisser, surtout pour les rouges. Mais personne ne parle d’un désastre.
« Rien ne dit que ça ne sera pas un bon millésime », tempère le vigneron. La qualité peut être au rendez-vous, même si la quantité diminue.
À Bellet, le travail manuel reste la clé de la récolte
Ici, pas de machine à vendanger. Le travail manuel est obligatoire sur ces coteaux escarpés. Les pentes sont raides. Chaque seau de raisin est porté à dos d’homme. Une fatigue bien réelle, mais aussi un gage de qualité.
Les vendangeurs sont surtout des retraités fidèles. Ils reviennent chaque année. En 2026, certains sont encore en vacances. Mais l’équipe sera là. « Nos équipes de fidèles seront sur le pied de guerre », assure Laurent de Groc.
Des solutions pour protéger la vigne
Face à la chaleur, le domaine teste des parades. Créer de l’ombre sur les grappes, par exemple. Des filets ou des techniques de palissage. Une jeune entreprise de Grasse, Mycophyto, expérimente des champignons mycorhiziens. Ces champignons aident les racines à trouver de l’eau et des nutriments. De quoi réduire le stress hydrique.
Ces essais ne font pas de miracle. Mais ils montrent que l’agriculture niçoise cherche des réponses concrètes. Les côtes de Provence voisines suivent les mêmes chantiers avec attention.
Les défis des vendanges précoces à Bellet
- 🍇 Adapter les dates de récolte chaque année, parfois en urgence
- 🌡️ Surveiller la maturation des raisins sous la canicule
- ⏳ Étaler les vendanges pour gérer l’hétérogénéité des grappes
- 🧑🌾 Mobiliser des équipes en plein mois d’août
- 💧 Tester des solutions pour économiser l’eau
La vigne a toujours connu des aléas. Mais la rapidité des changements inquiète. À Bellet, on avance à tâtons, avec sérieux et sans panique. La prochaine bouteille de vin dira si l’adaptation a porté ses fruits.

Journaliste spécialisé dans le tourisme viticole, formé à l’École de journalisme de Bordeaux. Il arpente depuis quinze ans les châteaux du Bordelais et les routes des vins de France. Son angle : raconter l’œnotourisme comme une aventure humaine, sans flatterie.